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Le Château de Sainte Colombe

L'histoire du château de Sainte Colombe

Il n’y eut pas de château à Sainte Colombe en Auxois avant la première moitié du XVIIe siècle.

Auparavant, les terres de Sainte Colombe faisaient partie d’une seigneurerie appartenant aux Ducs de Bourgogne, et à la Dame de la Roiche (non identifiée).

En 1461, il est attesté qu’il n’y a, à Sainte Colombe, “ni forteresse, ni foire, ni marché”. Le village compte entre 50 et 60 habitants.

Au début du XVIe siècle , des partages complexes témoignent de l’éclatement de la seigneurerie. Le domaine appartient successivement à Joachim DE LA BAUME, comte de Chateauvillain, puis, en partie, à la famille des HAUTEMER DE FERVACQUES, châtelain de Marigny, en 1565.

En 1604, les terres et seigneureries de Marigny le Cahouet, La Roche Vanneau, et Sainte Colombe, appartiennent à François DES URSINS (et Guillemette DORGEMONT, son épouse) qui les cède ensuite à Michel DU FAUR DE PIBRAC (et Claude D’ETAMPES, son épouse).

En 1629, nouveau partage de Sainte Colombe entre la famille DU FAUR DE PIBRAC et Jacques FILSJEAN qui reçoit la moitié du domaine lors de son mariage avec Jeanne GALLOIS, en tant que donataire de sa mère, Anne MORIN (non identifiée).

La famille FILSJEAN est originaire de Vitteaux. Son ascension sociale commence au XVIe siècle avec l’acquisition de domaine de Brecey, à Vic sous Thil, et l’ascension à la charge de gouverneur de la Chancellerie du Parlement de Bourgogne de Nicolas FILSJEAN, père de Jacques FILSJEAN, lequel accède, à son tour, à la charge de Conseiller à la Chambre des Comptes à Dijon en 1627.

Devenu seigneur d’une partie de la seigneurerie de Sainte Colombe, il en prend le nom et y bâtit, vers 1640, une vaste demeure seigneuriale à proximité de la petite église. Le village passe alors pour riche, il compte 43 feux, soit environ 200 habitants, parmi lesquels de nombreux artisans, maçons, charpentiers et couvreurs.

En 1643, Jacques FILSJEAN donne dénombrement de son bien, il perçoit la moitié des droits seigneuriaux, mais est seul propriétaire “de la maison seigneuriale consistant en corps et logis, grange, establerie, pressoir, vignes, cours, jardin, colombier en pied, le tout attenant et clos de muraille proche de l’église dudit Sainte Colombe”.

En 1734, son petit-fils, Jean-Christophe FILSJEAN acquiert l’autre moitié du domaine, restée entre les mains des DU FAUR DE PIBRAC, dont la lignée s’éteint.

Le village de Sainte Colombe en Auxois

L’ascension sociale de la famille se poursuit :

Jean-Charles FILSJEAN, fils de Jean-Christophe, est désormais détenteur de la totalité de la seigneurie, il est conseiller au Parlement de Dijon depuis 1741, et épouse en 1755, Elisabeth SALUER, fille de Guy SALUER, seigneur de la Roche En Brenil, conseiller du Roi au Grand Conseil.

Cependant, le village de Sainte Colombe connaît alors une légère décadence il ne compte qu’une cinquantaine de feux, dont 16 feux mendiants.

En 1775 Jean-charles FILSJEAN est compromis, comme spéculateur, dans la guerre des Farines, ce qui, joint à. une excessive rigueur judiciaire, lui vaut une grande impopularité. Il périt, assassiné à coups de bâton, le 28 avril 1790, à Vitteaux.

Il ne laisse qu’un fils, Henri Louis Jean FILSJEAN, qui meurt sans prospérité en 1811, laissant Sainte Colombe à Armand de PRADIER D’AGRAIN, son lointain cousin.

En 1906, le château est acquis par un antiquaire qui le dépouille systématiquement de son décor intérieur et de son mobilier. Il le revend en 1911 aux parents des derniers propriétaires qui utiliseront jusqu’en 1986 les bâtiments à des fins agricoles.

La demeure des FILSJEAN, centre de la seigneurie sur laquelle cette famille de la bourgeoisie vitteloise avait assis à la fois sa fortune et sa noblesse, après un siècle d’abandon, se présente à nous très ruinée (ou dégradée). Mais la beauté de son architecture mérite tous les soins de ceux qui se consacrent à la restaurer.

N.B il est à noter que les documents d’archives font état “d’une maison seigneuriale” et non d’un château, ce qui semble s’expliquer par sa situation dans le village et par sa double vocation demeure pour les maîtres (rarement présents) et exploitation agricole dont ils tirent l’essentiel de leurs revenus.

Fiche établie par Marie-Thérèse COCHOIS, à partir des notes de Mme Françoise VIGNIER Conservateur en Chef des Archives Générales de la Côte d’Or.

Les seigneurs de Sainte Colombe

Très probablement d’origine anglaise, arrivés en Bourgogne vers la fin de la Guerre de 100 ans (1397-1453)à la suite du Duc Philippe le Bon allié des Anglais.

L’orthographe actuelle du patronyme dérive probablement du nom FITZ-JAMES devenu au fil du temps FILZ-JEAN, FILZJEAN pour aboutir à FILSJEAN.

Quoiqu’il en soit, au XVIIème siècle, il est prouvé que Sainte-Colombe appartenait (au moins en partie) aux FILSJEAN et se trouvait dans un état de délabrement, de misère morale et physique: illettrisme de la population, église et habitations en ruine, dépopulation du village.

Cet état de fait aurait pu être différent si les seigneurs du village avaient vécu, comme de coutume, sur place au milieu de “leurs Gens” plutôt que d’habiter une grande ville en l’occurrence Dijon.

Vers la fin du XVIIIème siècle, cela changea un peu avec un léger redressement de la commune. La Révolution arriva, changeant le nom du village devenu BELLE-ROCHE et doublant sa population vers 1840.

Déclin et Fin de la Dynastie des FILSJEAN :

Le 17 Avril 1775, une émeute due à la cherté du blé embrase Dijon. Le peuple se soulève demandant du pain. Une colonne gagne la rue de la Chaudronnerie et cherche à pénétrer de force en l’hôtel des Filsjean, où se trouvait Jean-Charles Filsjean “Conseiller au Parlement de Dijon” d’une avarice rare autant que sordide qui le fit haïr et mépriser par le peuple.


Alors que la foule commençait à mettre l’hôtel à sac que faisait donc le maître des lieux?

Tout comme les autorités, il se terrait dans un fenil... puis dans un caveron! Seul l’évêque réussit à faire évacuer la foule adoucie après la “visite” des caves de la demeure.
A quatre heures du matin, le Conseiller parti pour Paris avec son fils pour demander justice; tenant à sa place et à son hôtel avant tout (revenu de 6 à 7000 livres environ).

Nous voici en 1790, création des “Clubs de Villageois” (abolition des titres de noblesse et droits seigneuriaux etc.). Le 28 Avril 1790, les habitants de Vitteaux se réunissent pour délibérer sur les moyens d’obtenir du pain. C’est là que devenu citoyen, Filsjean faisant preuve d’une audace ou d’une inconscience rare se mit à crier d’une voix impétueuse (sic):
-“Il ne manque pas de foin ; mangez en! C’est bon pour vous!” Après quoi, il se hâte de disparaître. Mais poursuivi, rattrapé et bastonné, il fut laissé pour mort après qu’un campagnard lui ayant bourré la bouche de foin lui dit:
-“Manges en, Aristocrate, en voilà, manges donc!”

 

Enterré secrètement par le Curé de Vitteaux, le dit Curé (Marancion) fut fort embarrassé pour dresser l’acte du décès du dernier seigneur de Sainte-Colombe.

D’après “Une Exécution Populaire à Vitteaux en 1790” chez Darentière, imprimeur à Dijon. -1886-

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